Située au cœur du territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri, région placée sous état de siège, la prison centrale de Mambasa se trouve dans un environnement marqué par une insécurité persistante et une tranquillité sociale toujours attendue. Pourtant, depuis l’instauration de ce régime exceptionnel, le gouvernement central n’a cessé d’annoncer la mobilisation de moyens financiers, matériels et humains conséquents afin de restaurer l’autorité de l’État et garantir la sécurité des populations civiles, au même titre que dans le reste de la République démocratique du Congo.
Mais derrière ce discours officiel, une autre réalité, plus sombre, se joue loin des projecteurs : celle de la gestion alarmante des détenus à la prison centrale de Mambasa.

À toutes les mauvaises nouvelles qui frappent déjà cette partie du pays s’ajoute un scandale silencieux mais profond : le traitement réservé aux prisonniers. Cette prison, qui devrait être un centre de rééducation, un lieu de transformation psychologique, morale et civique en vue d’une réinsertion sociale utile à la nation, s’apparente aujourd’hui, selon de nombreuses dénonciations, à un espace de souffrance institutionnalisée.
Le constat est amer. Très amer.
Les détenus y vivraient un enfer quotidien, dans des conditions carcérales qui infligent une véritable gifle de fer chaud aux droits humains les plus élémentaires. Le surpeuplement est criant, transformant les cellules en dortoirs insalubres. L’alimentation, insuffisante et dégradante, ne répond à aucune norme de dignité humaine. Les soins de santé, lorsqu’ils existent, restent précaires, aléatoires, parfois inexistants, exposant les prisonniers à des risques sanitaires graves.

À travers cette gestion chaotique, tout donne l’impression que la RDC oublie qu’elle se revendique État de droit et qu’elle est signataire de nombreuses conventions internationales relatives à la protection des droits de l’homme et des personnes privées de liberté.
Plus grave encore, des témoignages font état d’une gestion interne anarchique, où certains codétenus imposeraient leur loi : cotisations forcées, sanctions inhumaines, humiliations et violences, le tout dans une indifférence troublante de l’administration pénitentiaire. Les gestionnaires de la prison, censés faire respecter l’ordre et la loi, sembleraient fermer les yeux, laissant prospérer un système parallèle d’abus et d’arbitraire.
Et que dire des détentions illégales ?
Dès lors, une question centrale s’impose : qu’advient-il du budget alloué à la gestion des prisons, et plus particulièrement à la prison centrale de Mambasa ? Comment ces fonds sont-ils utilisés ? Qui contrôle ? Qui rend compte ?
Face à cette situation, le silence devient une complicité. Kinshasa ne peut plus détourner le regard. Une enquête sérieuse, indépendante et urgente s’impose afin d’établir les responsabilités, sanctionner les abus et rétablir l’autorité de l’État là où elle semble avoir déserté.
Car une nation se juge aussi – et surtout – à la manière dont elle traite ses prisonniers. Et à Mambasa, ce miroir renvoie aujourd’hui une image profondément inquiétante de la République.
« Que chacun s’instruise de son devoir »
Isaac MUTOMBO TSHISHI
Journaliste du peuple
