Vouloir asseoir à la même table l’État congolais et ceux qui ont endeuillé des milliers de familles, brûlé des villages, violé des femmes, enrôlé des enfants et favorisé le pillage des ressources congolaises, ce n’est plus de la médiation : c’est une abdication morale.
À force de vouloir inclure tout le monde, on finit par exclure la justice, la mémoire des victimes et la dignité du peuple congolais.
La RDC n’a pas seulement besoin d’une solution conjoncturelle pour faire taire les armes aujourd’hui ; elle a besoin d’un précédent historique. Une réponse claire, ferme et pédagogique, qui dise aux générations futures qu’aucun Congolais, aujourd’hui ou demain, ne gagnera quoi que ce soit en prenant les armes contre son propre pays. Or, dialoguer avec ceux qui ont choisi la violence comme stratégie politique, c’est envoyer exactement le message inverse : tuer paie, terroriser ouvre des portes, massacrer donne accès à la table des négociations.
Dès lors, une question s’impose, lourde et dérangeante : quelle est la véritable motivation derrière ce soutien affiché envers des acteurs responsables d’actes meurtriers en RDC ? Au nom de quelle logique morale peut-on demander aux victimes de cohabiter politiquement avec leurs bourreaux, sans vérité, sans repentance, sans justice préalable ? La paix ne se construit pas sur l’amnésie collective ni sur le relativisme moral.
Plus grave encore est la confusion entretenue par certaines voix ecclésiastiques, notamment lorsque Mgr Donatien N’Shole ose comparer les attaques barbares des ennemis de la paix à la défense du territoire national menée par l’armée loyaliste. Mettre sur le même pied d’égalité l’agresseur et le défenseur, le bourreau et le soldat qui protège l’intégrité nationale, ce n’est pas être équilibré : c’est être injuste. Une telle équivalence brouille les repères, affaiblit l’État et insulte le sacrifice de ceux qui tombent pour que la RDC reste debout.
Historiquement, l’Église catholique en RDC n’a jamais franchi cette ligne rouge. Même au plus fort de ses prises de position courageuses et souvent frontales contre les régimes de Mobutu Sese Seko, de Laurent-Désiré Kabila ou de Joseph Kabila, aucun des pères de l’Église catholique congolaise n’a jamais défendu les ennemis de la paix contre la République. Jamais ils n’ont banalisé la violence armée, encore moins relativisé les morts causées par des rébellions soutenues par des forces obscures étrangères. La critique du pouvoir, aussi radicale fût-elle, s’est toujours arrêtée là où commençait la trahison de la patrie. L’Église dénonçait l’autoritarisme, les abus et la mauvaise gouvernance, mais elle ne confondait pas opposition morale et complaisance envers les groupes armés. Rompre aujourd’hui avec cette tradition, c’est rompre avec l’histoire, avec la mémoire nationale et avec la responsabilité morale qui a longtemps fait la force et la crédibilité de l’Église au Congo.
Le Congo a besoin d’une Église prophétique réellement positionnée du côté des faibles, pas d’une Église accommodante ; d’une voix qui élève la nation, pas qui banalise la violence. Le dialogue ne peut être une fin en soi, encore moins un refuge pour les fauteurs de guerre. Sans justice, sans responsabilité et sans ligne rouge claire, le « dialogue inclusif » devient une prime au crime et une trahison silencieuse de l’avenir du pays.
